Le Groupe Féminin de Haute Montagne au Mont Olympe

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1 - Un défi organisationnel

Partir à six pour skier et grimper en terrain étranger et inconnu, sur une durée restreinte, ça ne s’improvise pas... Du rêve, depuis la descente du couloir de la Lauze où la Grèce a été évoquée pour la première fois, aux premiers pas en terre Hellénique, il a fallu quelques étapes et de la préparation. Concernant la première partie de notre voyage, le ski dans le massif du Mont Olympe, nous avons eu la chance d’obtenir le contact de Mike, le gardien du refuge Kakalos au pied du sommet culminant. Ce dernier nous a beaucoup aidés pour l’intendance sur place et la préparation des différents sommets envisageables et itinéraires. En ce qui concerne la topographie, la carte du massif est disponible sur internet sur le site anavasi.gr avec livraison en France, il est également possible d’acheter en ligne la version numérique. Un nouveau site et appli routemaps sont également disponibles.

Pour la partie escalade dans les Météores, nous avons pu récupérer des topos existants et disponibles en France. Le plus difficile a été la sélection des voies envisageables en tenant compte de la difficulté, de l’équipement en place et de la possibilité de protéger ou non. Nous avons pu bénéficier de retours de plusieurs personnes et contacts ayant été sur place ainsi que d’informations de contacts grecs.

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2 - Un défi matériel

Un autre défi s’est présenté celui du matériel à emmener pour une session skis et une session grimpe: ce qui représente un certain volume et poids. Turkish Airlines pour le transport aérien est vraiment le bon plan. Chaque passager peut prendre un bagage de 32kg un bagage skis (censé contenir ski, chaussures et bâtons voire un peu plus pour « protéger » les skis : cordes, piolets, crampons, couteaux...) ne dépassant pas 25kg. Autant dire que là nous étions larges. Nous avons donc misé sur la solidité des housses ZAG, qui se sont avérées, en plus de jolies, très solides ! Car on a eu beau bien les charger, elles n’ont pas bronché ! Il ne restait plus qu’à arriver à tout acheminer à l’aéroport de Lyon, au départ d’Annecy ou Grenoble... Nous avons même réussi à faire rentrer 5 personnes les bagages de 4 personnes dans une voiture, alors autant dire qu’avec le minibus rallongé que nous avions loué en Grèce, nous avions de la marge... Une fois l’enregistrement passé et après nous être délestées de nos bagages hors normes, nous voilà enfin plus light et dans l’excitation du projet. Le trajet en avion n’étant pas du plus compliqué, pas de retard et tous les bagages ont bien suivis sans aucune perte, presque trop facile! On ne peut pas tout à fait en dire de même pour l’arrivée sur le sol grec. Mais après les premières péripéties pour trouver la route de nuit, sous l’orage, avec le mini bus de location, nous arrivons bien tard à Litochoro dans notre « camp de base » Summit Zero.

On peut dire que six femmes en voyage avec pas mal de bagages, ça ne passe pas inaperçu. Les principales questions sont relatives à qui nous sommes, d’où nous venons, où nous allons et pour quoi faire ? Dès notre escale à Istanbul un homme et une femme de Humanité et Inclusion (anciennement Handicap International) en route pour le Rwanda nous interrogent et un bel échange s’en suit. En attendant nos bagages, Yannis a les mêmes interrogations et discute avec nous quelques temps. Plus tard, dans notre ‘cantine’ habituelle lors de nos passages à Litochoro, plusieurs hommes plutôt âgés à chaque fois, américains et grecs nous ont interpellées : notre bronzage typé « montagnard » semblait indiquer qu’on ne venait pas pour la mer... Ils s’interrogeaient sur la faisabilité des sommets à cette époque et par quel moyen. Qu’ils aient un passé montagnard ou pas, ces montagnes enneigées visibles depuis la ville ne semblaient pas les laisser indifférents. C’est un réel plaisir d’être en Grèce à cette saison-là, qui est totalement en dehors de la période touristique. Nous avons pu bien discuter avec Periklis qui tient Summit Zero, notre « camp de base » à Litochoro et y revenir dès que nous redescendions de montagne, que les conditions aient décalé nos plans prévus ou pas. Mike, le gardien du refuge Kakalos, ne garde le refuge à cette époque que si suffisamment de personnes montent ; il avait donc prévu d’ouvrir quand nous venions. Des skieurs grecs et autrichiens ont pu bénéficier donc de cette ouverture ainsi que trois grenoblois. Ce refuge est très convivial, la table principale, placée à côté du poêle rassemble les occupants. Nous avons pu remarquer que comme souvent en voyage, les belles surprises ne sont pas forcément où on les attend. Nous gardons un merveilleux souvenir de notre passage à Petra village chez Lefteris. La petite maison dans laquelle nous logeons n'a pas d’électricité en hors saison donc pas d’eau chaude, qu’à cela ne tienne nous prendrons nos douches chez lui, avant de dîner dans son auberge, où nous avons le droit de goûter à tous les plats, cuisinés avec des produits locaux. Nous aurons même le droit au petit déjeuner, aux œufs des poules que nous avons été voir la veille. Les conditions météorologiques et climatiques ont changé nos plans initiaux. Nous avons tout de même pu gravir quelques beaux sommets. Les projets initiaux en skis ne pouvant pas toujours être réalisés, nous optons régulièrement pour des plans B toutes ensemble. L’idée était de monter directement au refuge de Mike le premier jour. Mais il venait de neiger, nous avons donc opté pour tempérer deux jours de plus en espérant laisser la neige se stabiliser. Nous partons donc direction le camp militaire KEOAX pour deux jours. Le brouillard, le vent très violent et l’absence totale de visibilité nous font renoncer au sommet Skolio sur la crête finale, mais il en faut plus pour nous arrêter totalement et ne pas aller voir le petit sommet voisin, histoire de faire tout de même une belle descente. Une cabane (Agios Antonios) nous permet de presque déchausser à l’abri du vent... La première pente aura finalement été pelée par le vent et un slalom entre les cailloux, voire même dessus nous attend, pour le plus grand malheur de nos semelles toutes neuves pour certaines ;) Nos nouveaux skis ainsi baptisés sont prêts à affronter les pentes, maintenant qu’ils ne bénéficient plus du label totalement neuf ! Malgré la neige de qualité plus que variable (gelée, boulettes et parfois de la poudre -quand même-), cela nous permet de tester nos modèles (zag adret 88 et ubag 95 lady) qui font bonne impression ! C’est pas parce qu’il fait pourri qu’on n’a pas ri ! Skolio (2912m) - Départ : KEOAK Military Camp (1800m) - Refuge/Cabane Militaire (2380m) – 9 places / couvertures en quantité, Poêle en panne quand nous sommes passées Itinéraire : Remonter les pistes de skis du camp militaire - D+ 580m pour atteindre la cabane - Tentative Skolio (2912m) avortée 150 m sous le sommet On se rabat sur Agios Antonios (2816m) – Refuge de secours La fin de la montée à Skolio se fait sur une belle arête bien large mais nous n’aurons pu admirer la vue… Le lendemain, la visibilité n’est pas meilleure, le temps est complètement bouché, notre soif de découverte des différents sommets restera inassouvie, nous optons pour une redescente directe et faire un peu de tourisme et visiter les villages au soleil plus bas. Le jour suivant un grand soleil nous cueille et nous aurons une superbe montée avec vue sur la mer à travers les pins pour monter au refuge Kakalos. Le Mytikas se laisse découvrir, un paysage splendide se dévoile sous nos spatules ébahies ! Refuge Kakalos (2640m) Départ : Gortsia (1140m) (Au départ du village de Litochoro, prendre la route direction le Mont Olympe) Itinéraire : Suivre le chemin (déneigé à l’époque où nous sommes passées) pour le refuge Petrostrouga (1945m) Continuer à monter en direction du sommet Skourta (2476m) – Suivre l’arête Lemos jusqu’au Giosos Pass – Butter contre un ressaut à remonter : quelques mètres câblés en mixte permettant d’accéder au plateau des Muses. D+ : 1600m Descente Du refuge prendre plein est pour trouver l’entrée du couloir Kalagia orienté E/SE. Il permet de descendre par la vallée Gavos et de rejoindre Priona par le sentier (1040m). Toumba (2801m) Du refuge remonter NO en direction du refuge Giosos Apostolidis puis direction SO, remonter ensuite les pentes qui mènent au sommet. Profitis Ilias (2803m) Du refuge, remonter NO en direction du pied de l’arête menant au sommet. On a remonté un petit couloir derrière rejoignant l’arête, ensuite suivre l’arête très facile jusqu’au sommet. Descente en NE et suivant l’enneigement possible de chausser les skis très rapidement. Mytikas (2918m) et Stefani Peak (2912m) Du refuge, passer sous le versant NE du Stefani peak et viser la crête ou l’épaule et la remonter jusqu’à buter sur le Stefani Peak, traverser alors à flan jusqu’à l’entrée des couloirs. Il y a au moins 3 couloirs praticables. Le premier menant au Stefani Peak, celui menant au Mytikas est plus loin. Ces couloirs font environ 200m et entre 40 et 45°. L’euphorie de l’ascension du Mytikas a été coupée brusquement par le couloir de montée, qui nous paraissait trop risqué au niveau de la nivologie. Les envies diffèrent et des petits groupes se forment naturellement pour aller skier une belle pente, améliorer sa technique sur les différentes pentes autour de la cuvette près du refuge, ou aller explorer l’arête menant à Prophet Elias et les belles pentes plongeant vers la mer derrière. On se retrouve toutes au refuge pour le thé chaud bien apprécié. Le beau temps fait ensuite place à un magnifique ciel orageux, aussi mystérieux et magnifique que menaçant… C’est donc ici que nous comprenons, certes un peu frustrées, que le sommet ne sera pas pour nous cette année… Mais ces bons moments passés jusqu’ici nous rappellent que le but n’est pas toujours le sommet ou la destination mais plutôt la richesse du voyage et ses découvertes ! Le faible enneigement ne nous permettra pas non plus d’explorer le versant Est du Mytikas, vers la vallée Megala Kazania et le couloir Strivada. On redescend du refuge vers Priona et pour ne pas rester sur l’échec de notre dernier sommet, nous repartons le lendemain pour la vallée blanche locale et le sommet Christakis. Le brouillard nous cueillant au sommet, nous abandonnerons la descente par le couloir Nord. Christakis Summit (2707m) - Départ : Xeloraki Valley (1300m) – On a pu se garerle long de la route un peu plus haut que la prise d’eau - Possibilité refuge Christakis Hut (2430m) – Mais prévoir le temps de pelleter pour y accéder en hiver - Itinéraire : Remonter la vallée évidente, il n’est pas nécessaire de passer par le refuge il est possible de couper avant pour rejoindre le refuge. - D+ 1400m - Descente par le même intinéraire. On visait un couloir N pour redescendre mais l’absence de visibilité nous a fait changer de plan. Nous avons appris plus tard, trop tard ;) que les Dieux s’étaient installés sur le sommet de l’Olympe car il était entièrement caché par les nuages, et donc invisible des mortels...