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Haut Atlas Marocain

25/06/2010
Haut Atlas Marocain

 Chaque année durant l’hiver, je pars seul à l’aventure en ski de randonnée à la découverte des sommets du Haut Atlas de Marrakech, ceci depuis bientôt 10 ans que je vis ici.
L’an dernier je suis retourné skier pour la quatrième fois le couloir de l’Aksoual, une des plus belles lignes du Maroc, un couloir rectiligne de quelque 1150M qui se redresse au sommet par un couloir raide et étroit à 45°, certainement le plus fabuleux de l’Atlas, Loin de la cohue du Toubkal et visible en totalité depuis Tacheddirt.
Ce village est le plus haut de l’Atlas, j’ai tissé des liens avec les habitants du village grâce à cet itinéraire, ils m’ont dit qu’il ne fallait pas aller là-haut et que même les chèvres n’y montaient pas. La personne qui m’a raconté ceci est devenu un bon ami.
Hamadi est une figure de la région, bon skieur, il a représenté le Maroc lors des Jeux Olympiques de Calgary et de Sarajevo dans les années 80. Je couche chez lui au village entouré de ses proches. Ici la vie est très rude.
Le matin, je démarre à 7H00, lorsque je tiens la forme je fais l’ascension en moins de 3H00. Ce jour-ci un petit bonhomme me suit à quelque centaines de mètres. Je ne sais pas ce qu’il veut mais il me suit.
Cela fait bien une heure que je marche et je vois dans mes traces ce petit bonhomme. les skis sur l’épaule, les chaussures autour du cou, la neige est plutôt dure sur le bas du couloir et les crampons sont les bienvenus, je me retourne encore et je vois le petit en train de devisser sur une centaine de mètres. Je m’arrête et lui demande de ne pas me suivre et de redescendre. D’un hochement de tête, il semble me dire oui. Je repars et je marche encore une bonne heure. le couloir à cette altitude devient plutôt raide. Je décide de faire une pause derrière un bloc de roche afin de réparer un crampon que j’ai cassé par son milieu. Au bout d’un quart d’heure, je vois débarquer le petit bonhomme, il est exténué, il n’a rien à manger, rien à boire..Je lui dis de venir s’asseoir à côté de moi, histoire de se restaurer, je l’observe et fais un point sur son matériel, il a peut- être 11 ans, des chaussures en plastique type botte de pluie coupées au niveau de la malléole, sans chaussette, un pantalon trop grand qui tient à la taille par une corde de chanvre, un pull en laine troué et un blouson noué à la taille, pas de lunettes et pas de gants mais un large sourire.
Les chaussures de ski en cuir autour du cou, une paire de ski en bois cassés à l’arrière pour faire la bonne taille et des fixations à câble fixées aux skis par des clous courbés dépassent sur la semelle... Je cherche à bricoler mon crampon et je n’ai pas grand- chose, le petit soulève son pull et accroché à sa ceinture, il me sort une pince tenaille et une boule de fil de fer.
Il est là avec moi au milieu de nulle part comme une sorte de petit prince, je lui demande de rester là et de m’attendre je le récupèrerai au retour et nous finirons la descente ensemble.
Je reprends mon ascension, atteins le sommet et m’envoie un joli run dans 30 de fraîche sur les 2/3 du parcours. Ma femme est en face sur un promontoir et en profite pour me faire quelques images.
L’an dernier, mes enfants étaient venus aussi en bas du couloir, C’était Pâques et ils avaient passé le temps à rechercher les œufs en m’attendant. C’était aussi un bon moment.
J'arrive à son niveau, il m’attend ski aux pieds, nous skions la sortie du couloir ensemble, il skie et plutôt bien ! nous nous arrêtons et il remarque qu’il me manque mon écharpe je lui explique que je l’ai perdue au milieu du couloir.
Ensuite on est rentrés au village et sa mère (sœur d’Hamadi) n’avait pas l’air inquiète. Tout s’est terminé autour d’un verre de thé, comme d’habitude.
Mon ami Hamadi m’a raconté que le gamin est remonté le lendemain récupérer l’écharpe, mais cette fois je lui avais refourgué un sac à dos, un masque, des skis à sa taille et des chaussures de ski récupérées à la station de ski de l’Oukaîmenden. Ce n’était pas la dernière collection mais vu les yeux remplis de bonheur de l’enfant, j’étais certain que cela ferait l’affaire. Je l’ai revu cette année et il skie régulièrement sur les montagnes alentours, Pour l’Aksoual, il m’a demandé de l’emmener mais ça sera pour plus tard. je s qu’il y va déjà été avec son troupeau au printemps... à seize ans il sera sûrement guide de haute montagne et c’est moi qui suivrai ses traces. Pour ma part j’ai gardé la réparation au fil de fer sur mon crampon qui me rappelle à chaque fois que je les mets que la vie est pleine de rencontre.

 
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