Interview Marque

Shape EP 1 : Bastien Saillard

Jérôme Bruley


Bastien Saillard conçoit les skis ZAG depuis les premiers hivers de la marque. Dix-sept années de prototypes lui ont appris que les skis parlent. Aujourd'hui, il redéfinit la manière dont ZAG envisage le freeride.

Lorsqu'on pousse les portes du ZAG Lab, des prototypes s'alignent contre les murs. La plupart sans topsheet. Fibre de carbone brute, noyaux de bois apparents, carres qui attendent la neige. Certains portent des annotations au feutre et au scotch. D'autres montrent les traces des essais. Quelques-uns semblent parfaits, intacts, prêts pour les Grands Montets. Dans cet atelier, tout existe en conversation avec ce qui se passe en montagne.

Bastien Saillard tient cette conversation depuis avant même son arrivée chez ZAG. Dans son garage, avec des serre-joints et des sacs sous vide, il fabriquait des skis qui ne fonctionnaient pas vraiment mais lui enseignaient malgré tout quelque chose. Dix-sept ans plus tard, il dirige la recherche et le développement. Le dialogue demeure inchangé. Un prototype part sur la neige, la montagne répond, Bastien écoute puis ajuste, avant de renvoyer la version suivante. La boucle tourne sans interruption. Le shaper façonne le ski. Le ski façonne le shaper en retour.

Trois nouveaux skis freeride sont actuellement en développement. Les délais sont serrés, les ambitions élevées, et Bastien traverse la phase la plus critique du projet. Ces skis doivent transformer la manière dont ZAG aborde le terrain freeride. Les prototypes parlent. Il écoute avec plus d'attention que jamais.

Tu concevais déjà des skis avant ZAG. Dans ton garage, c'est ça ?

B.S. — Oui, déjà quand j'étais ado, j'ai toujours aimé façonner des trucs. Des planches à voile, des surfs, ça a toujours été un peu mon délire. Et puis forcément, étant skieur, adorant ça, c'est ma passion, je me suis mis à façonner des skis chez moi, dans mon garage. Ça ne marchait pas très bien, franchement. Je n'avais pas de presse, il me semble que je faisais avec des serre-joints ou sous vide. Enfin, je bidouillais, mais j'étais super fier d'avoir mes skis, même s'ils ne marchaient pas vraiment.

C’est quoi l’identité d’un ski ZAG ?

B.S. — J'ai vraiment une vision très claire là-dessus. Selon moi, l'identité de ZAG, c'est la performance, mais toujours avec une pointe de confort et d'accessibilité dans les produits. Je pense que c'est vraiment quelque chose d'important que les produits visent une plage d'utilisation super large et qu'ils puissent plaire aux gens qui cherchent absolument de la performance, mais tout ça dans un certain confort.

Chaque ski s’exprime différemment. C’est quoi le processus qui amène à cela ?

B.S. — Je n'ai pas forcément toujours les idées en face de mon écran, quand je suis sur mon logiciel de dessin. Je peux avoir mes idées quand je suis sur des skis, n'importe où. Les idées fusent dans mon cerveau sur ce que je pourrais mettre comme paramètres pour que le ski fonctionne, ce que je pourrais modifier. Tout ça est pensé pendant un certain temps, et puis au bout d'un moment, il y a quelque chose qui aboutit au bout de ma souris, au bout de mon doigt sur l'écran.

Justement, quel ski t’a le plus marqué ?

B.S. — Je me souviendrai toujours du premier ski que j'ai conçu chez ZAG. C'est le Slap 122, qu'on avait appelé à l'époque le Slap XL, et c'est vraiment un ski que j'ai beaucoup apprécié. Je suis très fier de ce premier ski que j'ai dessiné pour la marque. Et je le skie toujours quand il y a les grosses journées de poudre, même si ça se fait parfois un peu rare. J'adore ce ski et c'était vraiment un super produit qui a eu des récompenses pendant beaucoup d'années.

Développer un ski c’est aussi aller sur le terrain. Comment ça se passe ?

B.S. — La phase de test se fait en plusieurs séquences. La première, qui concerne vraiment le prototype de base, comporte peu de testeurs. On est juste quelques-uns, peut-être quatre ou cinq, parce qu'on a vraiment besoin de retours précis. J'ai besoin de connaître la personne qui me fait les retours pour vraiment bien comprendre, traduire son langage en langage technique quand je suis devant mon ordinateur. Une fois qu'on commence à avoir un ou deux prototypes qui marchent vraiment bien, on élargit le test. Et c'est là où les problèmes commencent, parce qu'on a beaucoup de retours de beaucoup de personnes.

C’est quoi ta raison de faire des skis ?

B.S. — Mon objectif, c'est que dès son premier virage, dès qu'il sort du télésiège, le skieur soit bien dessus. Qu'il ne sache même peut-être pas l'expliquer et poser des mots sur pourquoi il est bien dessus, mais juste qu'il soit bien dessus. Qu'il n'ait pas besoin d'un temps pour comprendre le ski et qu'il le comprenne vraiment tout de suite au premier virage, et puis boom. À partir de là, il a vraiment pris son envol et le tour est joué. Le skieur va se surpasser, il ne va pas skier à cent pour cent, il va skier à cent vingt pour cent, et du coup il va kiffer.

Il y a un nouveau shaper chez ZAG. Qu’est ce que ça change pour toi ?

B.. — Paul et moi, ça fait déjà quelques années qu'on travaille ensemble. Donc le duo est rodé. On est les piliers de la recherche et développement chez ZAG. Lui, c'est le prototypiste. Généralement je lui envoie les fichiers et il les traite pour sortir le prototype. Et il est aussi intégré sur toutes les phases de développement, notamment le test. Julien vient d'arriver dans l'équipe et on va collaborer ensemble, notamment sur les nouveaux shapes freeride. Donc ça va être super intéressant d'avoir deux shapers, parfois avec deux visions différentes et deux manières de travailler différentes. Mais c'est ce qui fait que les choses bougent.

Trois nouveaux skis freeride sont en développement. Des délais courts et des enjeux élevés ?

B.S. — Le gros challenge, c'est qu'on doit sortir trois skis en peu de temps, et c'est un vrai défi. Surtout que si les skis ne déchirent pas, on ne les sort pas. Donc on se met la barre très haut. Mais je pense qu'on va y arriver, on va bien s'éclater sur les produits. L'idée, c'est vraiment de sortir des super trucs qui révolutionnent un petit peu la skiabilité en freeride.

Cet entretien fait partie de Shape, une série originale produite par ZAG, qui rentre dans l'atelier pour explorer le processus créatif derrière trois nouveaux skis freeride.

SHAPE

Découvrez notre série originale, qui entre dans le ZAG Lab pour explorer le processus créatif derrière trois nouveaux skis freeride. 

Pour Bastien Saillard, dix-sept années de prototypes lui ont appris une chose : les skis parlent. Aujourd'hui, il traverse la phase critique d'un projet qui doit transformer la manière dont ZAG aborde la montagne. Le dialogue devient sérieux.

Regarder l'épisode

Skiez comme Bastien

Vorige Volgende