ADRET - Anatomie d'un ski léger

Jérôme Bruley


 Il y a des objets dont la simplicité apparente dissimule une longue suite d'arbitrages silencieux. Le ski Adret est de ceux-là. Moins de deux kilos la paire. Une skiabilité qui ne sacrifie rien à la descente. Bastien Saillard, shaper chez ZAG, revient sur le processus de conception d'un ski pensé pour la montagne dans ce qu'elle a de plus exigeant. En terrain technique comme sur neige dure. Du premier prototype aux ultimes ajustements de flex.

Il existe dans le développement d'un ski de montagne une tension fondamentale que peu de gens évoquent. D'un côté, la physique impose sa loi. Alléger, c'est retirer de la matière. De l'épaisseur. De la résistance. De l'autre, le terrain fixe les siennes. La pente raide ne pardonne pas le ski qui flotte. La neige dure sanctionne immédiatement le manque d'accroche. Et la montagne ne fait aucune concession à l'ingénierie. C'est dans cet espace de contradiction que Bastien Saillard a mis au point l'Adret.


Deux kilos la paire. Dans le milieu du ski d'approche et du ski sportif, c'est un marqueur fort, une limite qui s'impose dès la conception. Chaque gramme économisé à la montée se paie quelque part. Dans la matière. Dans le profil. Dans le comportement sous le pied. La vraie question n'est pas d'atteindre ce seuil. Mais de décider ce que l'on construit autour de lui.

La frontière des 2000 grammes la paire s'impose comme un marqueur fort dans le ski d'approche et le ski sportif. Comment as-tu intégré cette contrainte dès le départ dans la conception de l'Adret ?

B.S. — C'est vrai que cet objectif poids est super important, mais on savait déjà comment faire car la version précédente de l'Adret avait déjà coché cette case. Mon approche a été dès le départ d'améliorer la skiabilité de la nouvelle version, donc je suis allé chercher de nouvelles fibres, de nouveaux tissages et des combinaisons différentes pour optimiser le comportement du ski, tout en gardant un œil sur les simulations de poids final. Concrètement, c'est pas mal d'heures passées à imaginer des solutions et à les confronter aux réalités de coût et aux contraintes de production imposées par les usines.

Quels ont été les arbitrages nécessaires pour tenir ce seuil sans compromettre la fiabilité en descente ?

B.S. — C'est compliqué d'alléger au maximum un ski et de garder une bonne
fiabilité tout au long de la sortie, mais pour moi c'est une condition obligatoire car casser un ski en montagne peut s'avérer vraiment dangereux. Sans entrer trop dans la technique, le choix de la qualité et du tissage des fibres carbone, et leur imprégnation, est primordial. Après, bien sûr, il faut faire des choix. On ne peut pas garder de vrais chants ABS et des carres épaisses sur ce genre de ski. Je suis assez fier de dire qu'on n'a eu aucun retour SAV d'un ski cassé en deux.

Beaucoup de skis ultra-light sacrifient le toucher de neige ou la stabilité. Comment as-tu travaillé pour préserver l'accroche et le sentiment de sécurité, notamment sur neige dure ou en pente raide ?

B.S. — On voulait par-dessus tout un ski qui fonctionne à la descente. C'est sur ce critère qu'on souhaitait se démarquer de la concurrence. L'utilisation du carbone est très préjudiciable pour le toucher de neige, mais très intéressante pour la légèreté et la résistance en torsion, donc pour l'accroche. Il a fallu faire des compromis et faire fonctionner tous les paramètres de shape avec cette matière. L'utilisation d'un rayon plutôt long, par exemple, a permis d'augmenter la rigidité en torsion sans rendre le ski trop technique à skier. On voulait un ski performant, mais qui reste dans notre ADN de confort et d'accessibilité. C'est le plus difficile sur ce type de ski : on shape vite des skis ultra-exigeants à cause du carbone. On a moulé pas mal de prototypes pour affiner les courbes, les flex, et arriver à ce qui est pour nous le meilleur ratio performance et confort.

La construction combine fibres de carbone et caoutchouc pour absorber les vibrations. Comment as-tu équilibré ces matériaux pour éviter l'effet « sec » souvent associé aux skis carbone ?

B.S. — Les essais ont démontré que le caoutchouc est une excellente matière pour filtrer le côté vibratoire du carbone. On aurait aimé en mettre beaucoup, mais c'est lourd. On l'a donc placé aux endroits qui paraissaient les plus efficaces.

L'Adret est présenté comme un ski rigide. Qu'est-ce que cela change concrètement sous le pied pour un skieur?

B.S. — Il est plus rigide que la gamme Ubac, même si on n'est pas les
plus rigides du marché sur ce genre de skis. La rigidité n'est qu'un paramètre
parmi une multitude qui définissent la skiabilité, mais je crois pouvoir
simplement dire que le skieur ressent une excellente tenue sur la carre, même
avec un sac à dos rempli de matériel ou de cordes. C'est sécurisant quand on
évolue sur un terrain de montagne. De plus, c'est un ski qui se choisit
généralement bien en dessous de sa taille habituelle, donc il est important
d'avoir une bonne rigidité.

Pourquoi avoir fait le choix d'une géométrie aussi alpine ?

B.S. — Plus on allège un ski, plus il devient fuyant, inconsistant. Il fallait donc compenser par d'autres paramètres, comme l'absence de rocker et des points larges relativement proches des extrémités. En plus, le ski devant performer sur la neige dure, on s'est rapproché assez logiquement d'un shape plus typé alpin que l'Ubac.

Y a-t-il eu des phases de test ou des ajustements marquants pendant le développement ?

B.S. — La phase la plus marquante, c'est le premier prototype. Quand j'y repense, ça me fait sourire, parce que franchement il ne fonctionnait pas du tout. J'avais poussé tous les curseurs au maximum et on est arrivé sur quelque chose d'un skiable, les testeurs s'en souviennent encore je crois. Une expérience qui remet bien les idées en place pour la suite du développement.

Dans ton esprit, quelle est la destination idéale de l'Adret ?

B.S. — L'Adret est souvent bien trop perçu comme un ski super spécifique, mais en réalité il peut convenir à beaucoup de terrains et de profils de randonneurs. Le montagnard qui va chercher la pente raide et les terrains techniques alpins. L'aventurier qui part en raid sur une semaine. Le sportif qui remonte la piste le plus vite possible le soir avec la frontale vissée sur la tête. Et tout simplement le randonneur qui privilégie la légèreté à la montée, par facilité ou par rapidité. Un public très large, au final.

LE POIDS JUSTE

L'Adret a été conçu pour ceux qui veulent aller loin. Vite. Haut. Sans porter plus que nécessaire. Et redescendre avec la même exigence qu'à la montée. Moins de 2000 grammes la paire. Un shape alpin assumé. Une construction qui ne transige pas sur la fiabilité. Le ski d'approche et de ski sportif par ZAG, dans sa version la plus aboutie.

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