Conseils Interview

One more line EP 1: Tristan Brown

Alan Lemasson


Un entretien avec Tristan Brown, skieur pour qui les prévisions météorologiques sont une obsession vitale, voire une addiction, et pourquoi la surveillance des cycles de tempête constituent l'ultime plan de survie.

Il existe une catégorie assez particulière de skieurs pour qui les applications météo relèvent de l'obsession vitale. Ils actualisent les prévisions avec la dévotion que d'autres réservent aux réseaux sociaux. Tristan Brown fait partie de cette catégorie. Basé à Jackson Hole, il consulte constamment trois destinations sur son appli météo : son camps de base, les coussins de neige de Revelstoke et une zone de hors-piste accessible seulement par remontées mécaniques à Hokkaido, ensevelie par des quantités astronomiques de neige. Il consulte cette application deux fois par jour, minimum. Non pas parce que les conditions météorologiques vont changer, mais parce que le rituel de la consultation fait partie intégrante de l'addiction elle-même.

Tristan fait partie de ces gens qui étudient depuis des années les sauts d'autres skieurs depuis des falaises célèbres avant de se lancer. Il découvre des couloirs innomés au fond de l'arrière-pays sauvage du Wyoming, puis passe des mois à se demander si, un jour, les conditions s'aligneront parfaitement pour les skier. Il se réjouit sincèrement quand la pluie tombe en station, car cela signifie un accès immédiat au téléphérique et personne d'autre d'assez téméraire pour être dehors. L'équation n'a de sens pour personne en dehors de la culture du ski, mais pour ceux qui en font partie, c'est la seule qui compte.

Nous avons rejoint Tristan pour parler d'engagement, et de ce que signifie organiser sa vie entière autour des cycles de tempête. 

Tristan, combien de destinations surveilles-tu de manière obsessionnelle sur ton application météo en ce moment ? 

T.B. — J'ai trois destinations ouvertes. Jackson Hole, mon QG, où je vais skier ces prochaines semaines. Puis deux endroits que je surveille pour un projet de film. Revelstoke, en Colombie-Britannique, qui a eu un excellent début de saison avec un terrain exceptionnel de falaises et de coussins de neige. Et Asahidake au Japon, qui reçoit parmi les plus importantes quantités de neige d'Hokkaido et qui est une station de hors-piste accessible par remontées mécaniques. Je consulte cette application au moins deux fois par jour pour rester connecté à ce qui se passe dans certains des endroits les plus excitants sur terre. 

Comment s'est passée ta dernière journée là-bas ? 

T.B. — Il est tombé treize centimètres pendant la nuit à Jackson Hole et malheureusement il faisait plutôt doux, comme ça a été le cas une grande partie de cette saison, et il pleuvait en bas. Point positif cependant, la pluie a dissuadé beaucoup de skieurs de venir. Un groupe d'amis et moi avons donc pu accéder immédiatement au téléphérique, sans file d'attente, et randonner jusqu'à l'une de nos zones de hors-piste accessible préférées pour effectuer deux descentes dans une poudreuse vierge, humide, changeante. 

Quelle a été la meilleure ligne que tu as skiée cette saison jusqu'ici ? 

T.B. — Pucker Face, à Jackson Hole. J'étais dans ma ville natale de Sun Valley pour Noël, en visite chez ma famille, avec pas mal de ski là-bas, mais j'avais vraiment hâte de retourner à Jackson. L'enneigement était enfin suffisant pour aller skier en haute montagne et un système de hautes pressions arrivait. Je suis arrivé à Jackson quelques jours après la tempête et me suis dirigé vers Cody Peak en espérant trouver de bonnes lignes qui n'avaient pas encore été tracées. J'ai eu le plaisir de découvrir que l'extrémité nord de Pucker Face était intacte. Début de saison oblige, elle est beaucoup plus rocheuse que le côté gauche de la face : pour cette raison, personne ne l'avait skiée mais j'ai repéré une ligne que je pouvais emprunter en slalomant entre les rochers. Je l'ai donc étudiée un moment, puis j'ai randonné et j'ai entamé ma descente. La ligne présentait des aspects techniques d'évitement de rochers et l'intensité d'une sortie en schuss. J'étais galvanisé une fois en bas, avec le sentiment que la saison de ski était enfin pleinement lancée. 

Tu as sauté des falaises plutôt impressionnantes. Quelle est la plus engagée que tu aies tentée ? 

T.B. — Smart Bastard, à Jackson Hole. C'est difficile de n'en choisir qu'une mais je pense que ce doit être Smart Bastard. C'est la définition même de l'engagement. Conséquences extrêmement élevées avec une falaise massive en dessous, au-dessus de laquelle tu dois virer pour prendre ta direction avant le saut. Tu dois prendre exactement la bonne vitesse pour atteindre la zone de réception optimale. Et pour couronner le tout, l'appel est légèrement en descente, donc évaluer la rotation de la figure est délicat. Mais c'est une falaise connue à Jackson Hole et j'ai étudié les sauts d'autres skieurs pendant des années, donc j'étais prêt. La première fois que je l'ai sautée, et grâce à la préparation que j'y avais consacrée, je l'ai réussie parfaitement. 

Y a-t-il une ligne à laquelle tu penses de manière obsessionnelle ? Une qui t'empêche de dormir la nuit ? 

T.B. — Cette ligne, mon ami et moi l'avons découverte en motoneige au fond de l'arrière-pays du Wyoming. J'ai été immédiatement fasciné par son allure. C'est un couloir assez large pour des virages de super G bien ouverts, puis il se resserre avec des rochers dans le goulet qu'il faut éviter, et il t'engage vers une sortie étroite avec un virage serré à droite à la fin. Ce mur de fin la rend hautement exposée, donc je ne suis pas certain de vouloir la skier. Il faudrait que ce soit le jour parfait pour l'aborder comme je le souhaite. Mais je prévois de retourner en motoneige dans cette zone plusieurs fois cette année pour vérifier l'état, voir comment elle s'est remplie, et décider si je peux le faire en sécurité. J'espère y parvenir. 

Tu viens de terminer le tournage de Clean Slate, ton dernier projet de film de ski tourné en Alaska. Des moments de coulisses de ce voyage qui te marquent ? 

T.B. — Les grottes de glace en Alaska sont une expérience incroyable. Nous avons passé des heures là-dedans juste pour le plaisir, en filmant ce que nous pensions être du b-roll exceptionnel. Nous n'en avons pas beaucoup utilisé, mais nous nous sommes éclatés. Un moment qui ressort : mon ami Shugz tirant sur une stalactite de glace avec un lance-pierre lors d'une journée sans tournage. Et puis il y a le saut à l'élastique. Ma première fois. Le plan était de faire un salto avant superman, ce que j'ai à peu près réussi, mais je n'avais pas réalisé à quel point j'allais être terrifié. On peut m'entendre jurer et agiter les mains frénétiquement. C'était une montée d'adrénaline pure.

Quels skis utilises-tu en ce moment ?

T.B. — Les Slap 112, mes skis de prédilection. J'adore tout ce que je peux accomplir et m'autoriser avec ces skis aux pieds. Ils offrent une portance exceptionnelle, sont agiles et ludiques. Exactement ce dont j'ai besoin quand il y a treize centimètres ou plus de neige fraîche.

Cet entretien fait partie de One More Line, une mini-série produite par ZAG, suivant des skieurs animés par l'obsession, documentant comment l'addiction à la montagne les fait se sentir vivants. 

One More Line

Découvrez notre mini-série, qui suit des skieurs passionnés, documentant comment leur amour de la montagne devient un véritable mode de vie.

Pour Tristan Brown, cette passion se traduit par trois alarmes programmées pour la poudreuse, des années passées à étudier les falaises avant de s'y engager, et une vie entièrement rythmée par les tempêtes. Une descente de plus n'est jamais une simple descente.

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